Socrate, les 3 passoires et le bourgeon du Coeur.

Dire ou ne pas dire, écrire ou ne pas écrire… telles sont les questions au coeur de cet article ! Entre Orient et Occident, du silence de la source à l’océan d’opinions qui agite tant notre monde digital, il y a ce qu’en dit la langue commune des sages, dont Socrate et son fameux test des « 3 passoires », si utile, si simple, si évident. Un article qui nous emmène à reconsidérer le sacré de la parole, et plus encore de ce silence dont on dit qu’il est d’or ! 

L’origine du langage. 

Selon les sources, l’origine du langage se date entre 40.000 et 2 millions d’années, mais sa véritable naissance reste encore mystérieuse, parfois même mythique * ! Ce dont on est sûr, c’est que la capacité à communiquer par le son a joué un rôle clé dans le développement de notre aventure humaine. 

Intimement liée à l’évolution du cerveau, la parole est venue à l’Homme, lui ouvrant de nombreuses et nouvelles portes. Lorsque nos ancêtres hominidés ont commencé à assembler les premiers phonèmes, les savoirs ont circulé plus facilement, accélérant le développement des communautés et des cultures, ainsi que le sens du sacré qui reste infusé dans de nombreuses langues anciennes *.

Il est toujours très intéressant de faire un petit détour par l’embryologie et d’observer la croissance d’un nouveau-né. Les premiers mois et années de notre petite histoire individuelle miment allègrement les différents stades de la grande histoire de l’évolution. Lorsque le langage apparaît autour de la première année, c’est tout un monde de nouvelles possibilités et d’expérimentations qui s’ouvre à l’enfant.

* Pour les hindous, l’origine de l’univers est vibratoire, c’est le son AUM, un point de vue également exploré de nos jours par la physique quantique. Les mantras (mot sanskrit : « instrument de la pensée ») sont issus de cette conception, et on les retrouve aussi dans certaines courants bouddhistes, quant au Japon on parle de Kotodama. D’autres traditions attribuent à la parole une origine divine, un don (parfois un châtiment) transmis aux Hommes par leur créateur. On trouve ici un bel article sur les mythes d’origine des langues.

La technologie, une langue universelle.

Il y aurait près de 7000 langues parlées en ce moment dans le monde. Imaginez donc ! Et profitons au passage pour prendre conscience que toute langue porte aussi en elle le reflet d’une culture !

Si jusqu’il y a peu cette foisonnante variété dressait une certaine frontière naturelle entre les peuples,  la technologie des réseaux informatiques a largement rebattu les cartes, et internet est aujourd’hui une forme de langue en soi. 

Chacun a son point de vue sur ce monde digital qui occupe aujourd’hui tant de nos espaces. Entre quantité et qualité, on y voit tout à tour de la richesse ou du chaos, du lien ou de la dispersion. La technologie ne contient en soi rien de mauvais. Elle élargit simplement le champ des possibilités de manière exponentielle, nous renvoyant à notre capacité d’être responsable ou non en décidant ce que nous voulons en faire.  

Pourquoi parler ? 

On peut parler pour de nombreuses raisons et de nombreuses manières… pour dire le monde ou pour le faire, on peut parler franchement, haut et fort, ou pour ne rien dire. On peut parler dans sa barbe, à une main ou à un mur, et même se parler à soi-même ! 

Parler, c’est mettre en vibration une intention pour la porter au-delà de soi, à destination de son environnement. Il y a donc un émetteur et un récepteur, dont on attend en principe un certain retour… Si il y a parler, il y a écouter. L’un et l’autre s’entremêlent comme inspir et expir… yin et le yang bien sur, la sagesse orientale n’est jamais loin de nos réflexions !

Le Sage a le Coeur vide !

Et puis, entre les mots, et même avant le tout premier son, il y a le silence. Cette source première dont jaillissent tous les dires, et sur laquelle il convient de se pencher sérieusement si nous voulons un tant soit peu nous assurer de la qualité du breuvage. 

N’y allons pas par quatre chemins à ce sujet. Le silence a de tout temps été le joyau d’or de la sagesse, dont éventuellement découleront quelques paroles d’argent. Pour bien dire, il est conseillé d’apprendre à écouter ce qui frappe à la porte du silence. « Le sage a le Coeur vide ! » 

Y’a des qualités de silence
Comme des étoffes ou le bois
Des profonds, des courts, des immenses
Des que l’on entend presque pas

JJ. Goldman

La langue est le bourgeon du Coeur

La Médecine Chinoise offre une merveilleuse grille de lecture des écosystèmes. Investie d’une cohérence rare, elle éclaire la compréhension de nombreuses questions dans à peu près tous les domaines : santé, climat, psychologie, économie, écologie… 

Outil de diagnostic important, la langue y est considérée en tant que « bourgeon du Coeur ». Elle est le prolongement de cet organe roi que les chinois appellent « le fils du Ciel », à savoir celui qui règne sur le territoire de notre corps-esprit tel un empereur mandaté par la plus haute mission céleste. 

Par ce biais, la parole nous renvoie ainsi directement à une question d’alignement. La voix, miroir de l’âme, projette toutes les teintes de ce que nous sommes. Elle met en vibration notre environnement, lui transmet une qualité. 

Dans la conception orientale, on dit que l’intention guide l’énergie, et que c’est l’énergie qui met en forme, donc en matière. Notre paysage intérieur, pensées, système de valeurs, émotions, conscience, perceptions… conditionne donc en première ligne notre expérience de la vie. épart, de ce silence, peut alors naître la parole ou le geste juste. 

La langue comme outil de diagnostic dans les médecines orientales (source)

Kidoma : le sens de l’à-propos  

En japonais, le mot « Kidoma », concept que l’on retrouve dans l’art du Seiki notamment, signifie « le bon geste, au bon moment, au bon endroit (à la juste distance) ». C’est l’art de s’ajuster à ce qui nous entoure, un art qui commence dans l’aptitude à sentir, à observer… à écouter ! De ce point de départ, de ce silence, peut alors naître la parole ou le geste juste. 

La même lune dans le Ciel

Lorsqu’on s’intéresse à la sagesse en général, on ne manque pas de noter les nombreuses similitudes qui en jalonnent les grands courants à travers les époques et les cultures. Il y a ici aussi une sorte de langue universelle qui traverse notre histoire des mêmes mots. 

Sous la forme des 10.000, on distingue un point de fuite : le fond de l’unicité !

L’occasion est propice à vous partager au passage cette parabole orientale que Yuichi Kawada utilisait lors de ses cours de Shiatsu :

Il y a différents chemins
Au pied de la montagne à gravir
Mais ils laissent apercevoir
La même lune dans le Ciel

Sorate et les 3 passoires

Prenons ici pour terminer la direction de la Grèce antique, avec Socrate (Vème siècle avant JC). Condamné à mort par empoisonnement pour « corruption de la jeunesse et non reconnaissance des Dieux de l’état », notre sage a connu une fin à la hauteur de sa soif de liberté, de vérité et de simplicité… exactement comme un certain Jésus qui le suivra quelques siècles plus tard. On reconnait peu la sagesse parmi les hommes… 

Dans le texte des « 3 passoires », Socrate met à l’honneur le sacré de la parole et du silence.

Et je vous laisse ici avec cette leçon magistrale, si simple, si utile… si contemporaine !

Que le bourgeon de votre Coeur résonne de l’esprit du Kidoma ! 

Les 3 passoires de Socrate

Socrate avait dans la Grèce antique une haute réputation de sagesse. Un jour, quelqu’un vint trouver le philosophe. Agité, il lui dit :

– Sais-tu Socrate ce que je viens d’apprendre sur ton ami ?
– Un instant, répondit Socrate, avant que tu ne me racontes, j’aimerais que tu passes un petit test, le test des trois passoires…
– Les trois passoires ? répondit l’autre.
– Oui, avant de raconter toutes sortes de choses sur les autres et le monde, il est bon de prendre le temps de filtrer ta parole. La première passoire est celle de la Vérité. As-tu examiné si ce que tu allais me dire était vrai ?
– Non, pas vraiment, je l’ai seulement entendu dire.

– Tu ne sais donc pas si c’est la vérité ! Essayons de filtrer autrement, en utilisant la deuxième passoire, celle de la bonté. Est-ce que ce que tu veux m’apprendre sur mon ami est quelque chose de bien ?
– Ah non ! Au contraire !

– Ainsi donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui sans même être sur qu’elles soient vraies ! Ce n’est pas très prometteur, mais tu peux encore passer le test, car il reste une troisième passoire, celle de l’utilité : est-il utile que j’apprenne ce qui t’agite tant au sujet de mon ami ?
– Utile ? Euh… pas vraiment, je ne crois pas…

Alors, conclut le sage, si ce que tu as à me dire n’est ni VRAI, ni BIEN, ni UTILE, pourquoi vouloir me le dire ? Je ne veux rien en savoir, et de ton côté tu ferais mieux d’oublier tout cela !

Vérité !

Bonté !

Utilité !

La Mort de Socrate, par Jacques-Louis David (1787). Source

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