Sous l’inlassable marée sonore des insectes de la montagne thaïlandaise, Phra Piotr revient dans ce 31ème épisode sur une des 2 grandes branches de la pratique méditative bouddhiste : la concentration. Il nous invite à faire une courte expérience pour réaliser que nous ne sommes pas aussi maîtres de esprit que nous le pensons habituellement, mais qu’avec un peu de pratique nous pouvons tous profiter du plaisir et des bienfaits de la capacité à se concentrer, que l’on soit chirurgien, politicien, à l’étude, au travail ou à la maison. Bonne écoute !

Nicolas Poloczek 

En lien : le Sutta de l’établissement de l’attention

(Satipatthana Sutta) 

Sur wikipedia

Le texte du Sutta (dhammadelaforet.org)

Le texte du Sutta (Village des pruniers)

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(enregistrement : 2006)

La compréhension, la sagesse, le savoir… ne sont pas possibles si on ne se concentre pas sur le sujet. Il faut donc d’abord cultiver cette concentration. Ces deux branches de la médiation – concentration et compréhension – se développent en parallèle. Plus on est capable de se concentrer, plus on est capable de comprendre profondément les choses qui se passent à l’intérieur ou au dehors…

Cette concentration est une technique. Il y a différentes possibilités, mais le principe est toujours le même. Se concentrer, c’est faire attention à un seul objet ou à un seul évènement. Cette concentration devient alors très pointue et on peut atteindre des niveaux insoupçonnables pour les non-initiés. Ce n’est pas facile et il y a de très grandes résistances à l’intérieur. Par exemple, regarder l’aiguille des secondes d’une montre, tout le monde sait le faire. Mais si je vous mets au défi de regarder ce mouvement pendant 5 minutes, et de ne regarder rien d’autre, de ne penser à rien d’autre que le mouvement de l’aiguille… On va vite se rendre compte que c’est impossible ! Après quelques secondes on est distrait parce qu’il y a un bruit ailleurs, quelque chose qui se passe, et notre attention saute… C’est impossible sans entraînement. Et finalement on se rend compte qu’on n’est pas maître de sa volonté, qu’on ne fait pas ce qu’on veut, qu’il y a des empêchements qui sont intérieurs, pas extérieurs… Tu essayes ! Et à ce moment là, tu le sais, tu n’as pas besoin de croire aux paroles des autres. C’est la différence entre la religion et le savoir tel qu’on essaye de l’atteindre en Bouddhisme. C’est la savoir qui vient de l’intérieur, par l’expérience.

Il y a plusieurs techniques… Il y a une technique que Bouddha a utilisé lui-même et que moi j’utilise comme technique de base… c’est faire attention au fait que je respire. Il ne faut pas d’accessoires spéciaux pour méditer. Il faut l’effort de faire attention à ce qu’on fait. Dans cette technique, on observe le savoir « je sais que je respire ». Ce savoir est d’abord amené par une approche physiologique – on fait attention au point de passage de l’air – et puis finalement on fait juste attention au savoir. Le sujet et le point physique prennent moins d’importance au fur et à mesure qu’on est capable de le faire.

Quand on essaye pour la première fois, après quelques secondes on est distrait par les pensées, par les idées… Oh ! il y a une seconde de mouvement d’aiguille ou une inspiration, que j’ai loupé… je ne m’en suis pas rendu compte ! Il faut s’accrocher, couper, repousser… il y a des gens qui ont l’expérience qui peuvent donner certains conseils. Il y a une dizaine d’autres techniques qui sont décrites, toutes basées sur le même principe. On peut par exemple s’accrocher sur la répétition d’un mot par exemple… et à rien d’autre !

Cette technique d’apprentissage de la concentration a comme résultat des états qui sont inconnus par les personnes qui n’ont jamais essayé ou voulu y mettre assez d’effort. Il ne faut pas beaucoup de temps… ça saute après quelques secondes au départ, après quelques minutes ensuite. Il n’y a pas d’excuse qu’on n’a pas le temps pour ça… on peut le faire quand on ne fait rien pendant quelques minutes, dans l’ascenseur, dans le train ou quand on voyage…

Cette concentration donne des résultats immédiats sur le plan du plaisir. Dans chaque activité qui nous procure du plaisir, l’élément de concentration est toujours présent… Il y a de l’effort intérieur à fournir, oui, mais on a du plaisir en retour. Et on a une conséquence durable, c’est que cette faculté de se concentrer peut être appliquée dans la vie courante. On est capable de mieux faire son travail, on peut étudier beaucoup mieux… dans la vie courante et familiale les bénéfices sont grands et visibles… C’est pour ça que j’ai été accroché peut-être au départ il y a 12 ans, quand j’ai essayé et vu que la méditation m’apportait du bien pendant, du calme, et du bien dans les conséquences à plus ou moins long terme.

Dans le milieu médical que je connais un peu mieux peut-être, on trouve tout-à-fait normal qu’un chirurgien n’opère pas son enfant ou sa femme, ou sa maman, parce que tout le monde comprend qu’émotionnellement ce n’est pas possible… qu’est-ce que ça veut dire maintenant que je vois ça un peu différemment ? Ça veut dire que le chirurgien qui n’est pas capable d’opérer son enfant n’est pas capable de se concentrer sur ce qu’il fait, à savoir l’opération. Il a des émotions, ses mains qui tremblent, il n’est pas capable de le faire. C’est la preuve qu’il n’est pas concentré. Et si on s’imagine que tout le monde fonctionne comme ça, on voit que les effets pour la société ne sont pas optimaux, beaucoup de travail est bâclé. Le meilleur exemple que je vois aussi, ce sont les politiciens. Si le travail du parlement était en accord avec le bon sens et la logique des causes et conséquences, il ne serait pas nécessaire de les amender tous les quelques mois et avoir un parlement législatif en permanence… mais ça, c’est un point de vue indéfendable en Occident évidemment, parce que c’est le sommet de la démocratie. Mais si on le regarde, c’est le manque de compétence par manque de concertation qui empêche de le faire bien, en accord avec les lois universelles des causes et conséquences.

Restons reliés !

Ateliers, formations, articles, fiches pratiques... la prochaine occasion est peut-être celle dont vous avez exactement besoin !

A bientôt !

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